27 septembre 2014

La mort à petits pas...

"Sylvie est partie discrètement sur la pointe des pieds en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant. Elle ne voulait pas déranger, elle m'a dérangé au-delà de tout. Cette année, l'hiver a commencé plus tôt, le 12 novembre. Je crois qu'il va durer longtemps et être particulièrement rigoureux."

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L'auteur a un credo, il ne veut pas sombrer dans le mélo. Il se lance dans la chronique gaie au jour le jour de son deuil. Avec ce livre, Jean-Louis Fournier touche une nouvelle fois la corde sensible du lecteur, le faisant passer du sourire aux larmes, en abordant un thème pourtant si personnel et universel à la fois. 

" Quand je voulais te mettre en colère je disais que tu étais une bonne ménagère. Tu rangeais tout et je ne retrouvais rien. Aujourd'hui, je n'ai plus rien à perdre."

Je pense que la Mort est l'une de mes plus grande névrose. A chaque fois que l'on aborde le sujet je me barricade, la peur m'assaille et je ne veux surtout pas en entendre parler, je fais taire mes angoisses car à chaque fois j'ai l'impression qu'un gouffre m'englouti, je manque d'air.

Et pourtant, quand ce samedi, une lectrice à rapporter le livre Veuf de Jean-Louis Fournier et me l'a tendu en me disant dans un sourire: "Ce livre vous réconcilie avec la perte!", je ne l'ai pas remis dans les rayons mais dans mon sac pour le dévorer en une soirée.

La Mort me fait toujours peur, mais le temps d'un roman, j'ai réussi à en sourire.

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" On m'a retiré ma moitié, ce que j'avais de mieux. Je m'arrose de ton parfum pour que tu repousses."

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22 septembre 2014

Sur un air d'Opéra

" Vendello a posé le livre. tu es l'entre-deux, la note suspendue, l'équilibre fragile. Tu es le vacillement qui contient la chute, tu es la dièse qui frôle le sol, un presque sol; tu es la défaillance retenue d'extrême justesse, tu es le bord de l'abîme. Tu es ce qui pourrait être et qui n'est pas, tu es un possible. Tu es cette note en mouvement obligé vers une autre, qui voudrait se confondre avec elle et ne se confond pas. tu as l'incertitude. Tu es la note sensible."

Ils se voient de temps en temps, pour un apéritif, un concert à l'opéra, une galette des rois. Elle s'occupe de lui quand il tombe malade, et, lorsqu'elle perd sa grand-mère, se réfugie chez lui.

Mais Vendello se fait de plus en plus absent, lui parle sans cesse du chef Noureguiev… Elle se renseigne sur Noureguiev, visite les mêmes lieux que Vendello, et finit par découvrir son homosexualité. Déçue, se sentant trahie, elle se demande pourquoi il l'a laissée l'aimer…

Un récit très sensible, écrit avec une grande simplicité, qui avance à coups de menus événements, de petites touches, où rien n'est dit, mais tout est implicite.

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La note sensible, Valentine Goby.

" Le ciel était transparent. Il faisait jour. Au-dehors, les volets étaient encore fermés, les rideaux tirés, les stores baissés. Il n'entrait pas les fenêtres ni lumières, ni bruits. Les balcons étaient déserts, la cour vide [...]. Le plafond était silencieux, le couloir muet, les chambres . C'était dimanche".

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10 juin 2014

En marche...

Il aura suffi d'une lettre - la lettre d'adieu d'une amie qui se meurt - pour jeter Harold Fry sur les routes d'Angleterre.

Quelques sous en poches, une paire de chaussures-bateau et l'espoir de la revoir une fois encore...

Cottage après cottage, bocage après bocage, Harold marche, persuadé que, tant qu'il avance, son amie vivra. Il marche et repense à sa vie. Mille kilomètres parcourus pour que le destin d'Harold Fry rejoigne celui de sa femme, son fils, son amie, et tous ceux qu'il croise sur sa route...

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" L'idée et la décision vinrent en même temps. C'était d'une simplicité désarmante. - Dites-lui qu'Harold Fry est en route. Elle a simplement à m'attendre. Parce que je vais la sauver, voyez-vous? Je vais continuer à marcher et elle, elle doit continuer à vivre. Vous lui direz?[...]

- Je pars maintenant. Tant que je marcherais, elle doit rester en vie. S'il vous plaît, dites-lui que cette fois, je ne la laisserais pas tomber."

 Un roman poignant mais pas larmoyant, drôle, irrespectueux à souhait, surprenant, provocateur; le parcours d'un Forest Gump septuagénaire à travers l'Angleterre en quête d'un nouveau souffle.

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22 janvier 2014

Un nouvel horizon

Mon premier livre de 2014 est un voyage au coeur de l'Histoire que l'on savoure avec ferveur.

Quand Honor Bright décide de franchir l'Atlantique pour accompagner, au coeur de l'Ohio, sa soeur promise à un Anglais récemment émigré, elle pense pouvoir recréer auprès d'une nouvelle communauté le calme de son existence de jeune quaker: broderie, prière, silence.

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Mais l'Amérique de 1850 est aussi périlleuse qu'enchanteresse: soumise pour 15 ans encore au régime de l'esclavage, traversée de toute sorte d'épidémies, torturée par une nature capricieuse, rien dans cette terre ne résonne pour elle d'un écho familier.

Portrait intime de l'éclosion d'une jeune femme (qui va s'affranchir de sa discrétion et participer au "chemin de fer clandestin", un réseau d'aide aux esclaves en fuite vers les terres libres du Canada), fresque poignante sur la violence d'une époque, témoignage précieux sur les habitudes de 2 communautés méconnues - les quakers et les esclaves en fuite - La dernière fugitive confirme le talent et la parfaite maîtrise romanesque de l'auteur.

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12 décembre 2013

La vie est un livre

Mis à part le tricot, je passe aussi le plus clair de mon temps à dévorer des livres (parfois je fais les deux en même temps): des romans, des BD, des documentaires, des policiers... Bref, je dévore!

En flanant dans un marché aux puces, je suis tombé sur Le libraire de Régis de Sà Moreira. C'est un petit bijou complètement loufoque et poétique à souhait.

Le libraire n'a pas d'autre nom que celui de sa profession; il vit littéralement dans sa librairie ouverte 24h/24 où se croise le monde entier et même Dieu et la mort. Le libraire boit des tisanes à chaque client qui entre dans sa boutique, il envoit des pages de livre arrachées à ses frère et soeurs qui vivent aux quatres coins du monde. Il a des habitués, dont il connait les habitudes mais pas les noms, des femmes à qui il peut faire l'amour, des enfants qui courent partout, un seul et unique livre de voyage.

Vous n'avez rien compris? Tant mieux, parce que là est tout le secret: c'est un livre sans histoire mais avec des histoires. C'est une allégorie de l'amour, de la mort, des sentiments,à savourer doucement (comme une tisane) pour qu'il ne se termine pas trop vite.

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Le libraire ne pratiquait pas la grossierté mais il avait trouvé d'autres armes qui s'étaient révélées tout aussi efficaces. Ces armes étaient des phrases et ces phrases le libraire les avaient prises dans des méthodes de langues étrangères. Quelles étaient ces langues et comment se disaient ces phrases en ces langues, le libraire n'en avait auncun souvenir parce que c'était uniquement pour leurs phrases qu'il lisait les méthodes de langues étrangères.

Ces phrases sans qu'il sache pourquoi touchaient un point sensible chez le libraire et résonnaient en lui comme peu d'autres. Chacune lui paraissait être une histoire à elle seule.

[...] Et sa préférée parmi toutes: " Il y a beaucoup de choses intéressantes à apprendre sur les icebergs ". Il y avait quelques chose dans cette phrase. Un pouvoir magique qui marchait à tous les coups. [...]

Le libraire essayait parfois d'imaginer la personne qui avait réussi à écrire la phrase sur les icebergs, qui s'était dit dans sa tête " Il y a beaucoup de choses intéressantes à apprendre sur les icebergs ", et qui ensuite l'avait écrit, et qui s'en était servi dans une méthode de langue, parmi d'autres phrases elles aussi magnifiques, mais qui n'avaient sans doute pas le pouvoir de celle-là, bien que le libraire ne les eût pas toutes essayées.

Le libraire n'avait rien contre les icebergs et ne doutait pas qu'il y avaient beaucoup de choses intéressantes à apprendre sur eux comme sur tous les phénomènes naturels, mais penser cette phrase ! Mais l'écrire ! ... Et la dire ! ... Quelle merveille !

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25 novembre 2013

So british!

Première rencontre avec Virginia Woolf. J'étais entrée dans la petite librairie "Les racines du vent". Je cherchais un  livre à lire pendant un week-end chez mes parents. "Je cherche un petit livre, dont l'histoire se situerait en Angleterre, au XIXème siècle peut-être" (je suis une dingue de la Grande-Bretagne à cette période, une droguée de Jane Eyre). "Connaissez-vous ceci?" et la libraire me tendit Mrs Dalloway. Je lus le livre en une après-midi, au coin du feu.

Le livre est le récit d'une journée de Clarissa Dalloway et, en même temps, d'une journée de Londres. Big Ben, la grande horloge, sonne les heures, découpant le Temps et les chapitres.

Mrs Dalloway, qui donne un bal ce soir, est descendue dans Bond Street pour acheter des fleurs. Virginia Woolf offre alors une fresque de la ville de Londres et de ses habitants: chacun des inconnus que frôle Mrs Dalloway nous étant soudain révélé, tel qu'il est, et mystérieusement uni aux autres. 

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Y a-t-il, pour un amateur de romans, joie plus grande que d'en trouver un qui soit original et humain? Virginia Woolf était un grand écrivain, mais elle devient, parmi les écrivains de notre temps, un de ceux que j'admire le plus et qui me touchent le plus profondément.

" Pour avoir vécu à Westminster - combien d'années déjà? plus de vingt - Clarissa était catégorique, on ressent, même au milieu de la circulation ou si l'on se réveille en pleine nuit, un calme particulier, une solennité; une pause impossible à décrire, une attente avant la sonnerie de Big Ben. Là! Elle retentissait. D'abord, musicale, pour prévenir. puis l'heure, irrévocable."

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11 septembre 2013

Jeu de mains...

Lexie a accompli son rêve: rejoindre Londres pour y devenir journaliste. Insolente, sûre d'elle, la jeune femme évolue triomphalement dans le fougueux Soho des sixties, menant de front sa vie professionnelle et de mère célibataire. Jusqu'au jour où le destin se rappelle d'elle.

Quarante ans plus tard, Elina, une jeune artiste d'origine finnoise, vient de mettre au monde son premier enfant. Un accouchement qui a failli lui coûter la vie et dont le souvenir obsédant menace de détruire son couple. Car depuis la naissance, son mari, Ted, se comporte de façon très étrange, comme si son inconscient se réveillait d'un profond sommeil.

En quête d'une main bienveillante qui le guiderait à travers les zones d'ombre de son enfance, Ted va mettre au jour un terrible secret.

Un somptueux roman, bouleversant et sensible où s'entremêlent des voix aussi émouvantes que troublantes pour évoquer la force des liens du sang et le pouvoir destructeur des non-dits.

 - Cette main qui a pris la mienne - Maggie O'Farrell -

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29 août 2013

Rentrée littéraire

La routine fait sa rentrée et pour la rendre moins monotone j'ai aussi repris mon habitude ferroviaire favorite: le "dévorage" des livres.

Je viens de finir un roman vraiment très bien, à mettre entre toutes les mains: La dernière conquête du major Pettigrew de Helen Simonson.

A Edgecombe St Mary, au coeur de la campagne anglaise, une tasse de thé à l'heure dite est un rituel auquel le major Pettigrew ne saurait déroger, pas plus qu'à son sens du devoir et à son extrême courtoisie, qui font de lui l'archêtype même du gentleman anglais. Désormais veuf, il a pour seul compagnie ses livres et quelques amis du club de golf et ce n'est guère son fils Roger, un jeune Londonien ambitieux, qui pourrait le combler de tendresse.

Le jour où le major apprend le décès de son frère Bertie, la présence de madame Ali, veuve elle aussi, va réveiller son coeur engourdi. Tout devrait les séparer, elle la petite commerçante Pakistanaise, et lui, le major de sang britannique. Pourtant, leur passion pour la littérature et la douleur partagée du deuil sauront les réunir.

C'est avec beaucoup de charme et d'intelligence que Helen Simonson s'empare du thème des traditions pour montrer combien elles peuvent être à la fois une valeur refuge et un danger. Il se dégage de son roman une atmosphère "so british" qui enchante de la première à la dernière page.

 

" A deux heures le bouillonnement des nuages s'était calmé, et les cumulus stationnaient au-dessus de la terre, transformant la pluie en une brume grise. On eût dit un hammam froid qui figeait toutes les senteurs sur place. "

" Ce ravissement sincère devant toutes ces couleurs paraissait fort incongru, songea le major, chez une femme qui préférait les tweeds couleur marron champignon. Celui du jour, d'un bordeau terne, assorti à un chemisier noir et à des bas vert foncé, l'aurait rendue invisible au milieu de n'importe quel endroit boisé et un tant soit peu humide. "

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10 juillet 2013

Lire, fumer et boire du café

Diane perd brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l'exception de son coeur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l"existence. Entre « Le Journal de Bridget Jones » et « Love Story », l'histoire de Diane nous fait passer par toutes les émotions. Impossible de rester insensible au parcours tantôt dramatique tantôt drôle de cette jeune femme à qui la vie a tout donné puis tout repris, et qui n'a pas d'autre choix que de se reconstruire. ( Les gens heureux lisent et boivent du café, Agnès Martin-Lugand).

 

 

"J'y étais. J'étais à Mulranny. Devant ce cottage dont j'avais à peine regardé les photos sur l'annonce. J'avais dû traverser tout le village et prendre la route chaotique de la plage pour arriver au bout de mon périple. J'aurais des voisins, une autre maison se tenait à côté de la mienne. Un petit bout de femme arriva vers moi et me salua de la main. Je me forçai à sourire."

 Un vrai bijou, une merveille qui se lit d'une traite en une après-midi; ce fût mon cas en tout cas. Ce n'est pas vraiment l'histoire d'un deuil mais plutôt d'une renaissance possible malgré la douleur que l'on n'oublie mais avec laquelle on apprend à vivre.

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15 mai 2013

Un beau tableau

La reprise du travail s'accompagne toujours de sa petite routine. Pour ma part, ce sont les lectures ferroviaires, celles qui m'accompagnent dans les transports et qui me font voyager bien plus qu'un simple aller-retour. Même si je lis énormément pendant les vacances (et pendant les week-end et le soir dans mon lit avant de dormir et aussi parfois quand je tricote), j'aime beaucoup m'extraire du brouhaha ambiant des transports pour me faire une petite bulle hors du temps. J'ai attaqué la semaine avec un livre chiné à Emmaüs.

Parti à la recherche d'un tableau mystérieux, Jonathan croise la route de Clara. Tous deux sont convaincus de s'être déjà rencontrés. Mais où et quand? A Londres, il y a plus d'un siècle...
De Saint-Pétersbourg à Boston, de Londres à Florence et Paris, La prochaine fois de Marc Lévy entraîne ses lecteurs dans une histoires où amours et énigmes défient le temps.


"Clara rentra et referma la porte de la galerie, elle revint vers la vitrine et regarda le taxi s'éloigner, songeuse. Une autre question avait occupé son esprit, depuis le déjeuner. L'impression d'avoir déjà rencontré Jonathan était devenue obsédante. Alors qu'il contemplait le tableau, assis sur son tabouret, certains de ses gestes lui semblaient presque familiers. Mais elle avait eu beau y penser sans cesse, elle ne pouvait associer ni lieu ni date à ce sentiment. Elle haussa les épaules et retourna derrière son bureau."

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